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23 juin 2011 4 23 /06 /juin /2011 20:52

DECENTRALISATION ET PARTICIPATION POPULAIRE POUR UN DEVELOPPEMENT AGRICOLE DURABLE DU SENEGAL

  

La décentralisation remonte de très loin. Le premier statut communal, instauré en 1854, applicable à certaines communes, a lancé le mouvement de communalisation. L’unification des statuts des communes par le versement de toutes les communes dans la catégorie des communes de plein exercice n’interviendra qu’en 1960.

La politique de décentralisation a abouti à une responsabilisation plus accrue des populations dans la gestion de leurs terroirs et de ses ressources.

La loi n° 96-07 du 22 mars 1996 portant transfert des compétences aux régions, aux communes et aux communautés rurales, complète la loi 96-06 de la même année portant code des collectivités locales. L’innovation majeure est l’érection de la région en collectivité locale, ce qui demeure un trait particulier de la décentralisation sénégalaise.

Les neufs domaines de compétence ci-après sont transférés aux collectivités locales depuis le 1er janvier 1997 : la gestion et l’utilisation du domaine privé de l’Etat, du domaine public et du domaine national ; l’éducation, l’alphabétisation, la promotion des langues nationales et la formation professionnelle ; la santé, la population et l’action sociale ; la jeunesse, le sport et les loisirs ; la culture ; l’environnement et la gestion des ressources naturelles ; la planification, l’aménagement du territoire ; l’urbanisme et l’habitat.

Ce nouveau contexte juridico-administratif introduit par la décentralisation est un atout favorable pour repenser toutes les politiques et stratégies locales en matière de développement.

En effet, l’écart entre le discours et la pratique fait de la stratégie participative comme un mode vestimentaire ou un slogan politico-publicitaire quant à la prise en compte des préoccupations réelles des populations pour promouvoir le développement à la base. Et pourtant le discours participatif n’est pas nouveau :  « le modèle participatif de développement remonte à la fin de la première guerre mondiale dans les colonies britanniques et françaises » (J.P Chauveau, 1994).

En matière de développement rural, les arguments pour une plus forte participation des paysans, d’un point de vue qu’on pourrait appeler efficacité, sont les suivants :

-          En impliquant les paysans dans les projets/programmes de recherche, dans la conduite des expérimentations et dans l’évaluation des résultats, les chances que les innovations proposées soient adaptées à leurs contextes sont meilleures. Après tout, le paysan n’adoptera les innovations que si elles lui paraissent pertinentes ;

-          L’implication des paysans augmente leur motivation. Ils sont plus susceptibles de répondre aux propositions des développeurs si leurs propres points de vue sont respectés et si les divergences sont conciliées par le débat ;

-          Les méthodes participatives permettent d’exploiter les savoirs paysans ;

-          Les instituts de développement ont trop peu de moyens pour espérer pouvoir affiner les nouvelles techniques à des groupes cibles de plus en plus spécifiques. Il serait peu rentable de leur demander de produire eux-mêmes les connaissances détaillées pour tous les domaines de recommandation nécessaires pour couvrir toute la diversité et la complexité d’environnements difficiles ;

-          En encourageant la participation des paysans aux expérimentations et en présentant les résultats à ceux-ci sous une forme compréhensible, les développeurs renforcent la capacité des paysans à adapter les nouvelles techniques ;

-          Le rôle des paysans dans le développement de nouvelles technologies devient d’autant plus crucial et rentable que la technologie à développer devient plus complexe, comme par exemple dans le domaine des cultures associées ou l’agroforesterie ;

Un point de vue plus radical soutient que la participation implique davantage qu’un respect de savoir local. Elle porte aussi sur un partage des modes d’acquisition des connaissances. Il se fonde sur le concept de paysan constamment engagé dans un processus d’apprentissage de son environnement et de ses relations avec lui.

La quête de savoir est l’essence même de la nature humaine et l’Homme est par définition un chercheur constamment à la recherche d’un sens à donner à ce qui l’entoure et à expérimenter  dans la pratique les constructions mentales qui en résultent. Dans cette optique, le développeur est un collègue qui aide le paysan à améliorer son système d’apprentissage en partageant ses méthodes de travail.

Une autre dimension de la participation se situe au niveau politique et idéologique. Là, la participation joue franchement un rôle idéologique, abordant les problèmes de pouvoir. En dévoilant les limitations du savoir du développeur, elle s’oppose au pouvoir politique de l’expertise du développeur. Elle met les sentiments et les opinions populaires sous une forme aisément compréhensible et donc respectée par les développeurs et les décideurs politiques.

Elle part de l’idée qu’il faut avoir confiance en la population et en sa capacité à prendre ses propres décisions, et vise à modifier l’équilibre du pouvoir de décision en faveur des individus et des communautés rurales, en réduisant l’intervention des organismes officiels.

BIGGS (1989) a identifié quatre (4) types de participation paysanne dans le processus de recherche et développement :

  • Contractuelle : les développeurs passent un contrat avec les paysans pour utiliser leurs terres et leurs services ;
  • Consultative : les développeurs consultent les paysans sur leurs problèmes et élaborent ensuite des solutions ;
  • Collaborative : les développeurs et les paysans sont partenaires et collaborent dans le processus de recherche-action et développement ;
  • Collégiale : les développeurs s’attachent à renforcer les systèmes informels de recherche-action et de développement des paysans.

Dans le mode contractuel, la participation des paysans est minimale : ils fournissent les ressources, habituellement la terre, nécessaires aux développeurs pour leurs essais en milieu paysan ; essais que les développeurs gèrent eux-mêmes.

Le mode consultatif est d’habitude celui de la Recherche sur les Systèmes de Production.

La recherche participative dans le sens que nous lui donnons n’est ni l’un ni l’autre de ces modes. Elle procède soit du mode collaboratif, soit du mode collégial.

Le mode collaboratif implique une interaction permanente entre les développeurs et les paysans. Le diagnostic et l’évaluation sont réalisés avec les paysans, de manière permanente, et pas seulement au début et à la fin du projet. L’équipe est encouragée à repérer les paysans ayant une mentalité de développeur, et les technologies développées par les paysans sont activement suivies et intégrées dans le processus formel de recherche-action. Ce mode de collaboration requiert une très grande flexibilité dans la programmation et un changement de priorités du développeur en faveur de rencontres plus fréquentes avec les paysans.

Le modèle collégial, quant-à lui, se distingue par l’importance qu’il accorde à l’augmentation de la capacité des systèmes informels à mener par eux-mêmes des actions et à s’adresser aux systèmes officiels pour obtenir des informations ou des services. Ce mode est davantage un idéal qu’une réalité.  

Les visites de terrain effectuées et les conclusions des missions d’évaluation permettent d’affirmer que lorsque les conditions d’une participation effective ne sont pas réunies, on assiste à certaines formes de participation très préjudiciables à la bonne marche des activités de développement (B. Alpha GADO, septembre 1994) :

 

-          La participation formelle : Les populations auxquelles sont destinées les réalisations se présentent sur les sites pour la forme sans se sentir réellement concernées par la réussite des opérations.

-          La participation imposée : Même en cas de mobilisation effective des populations, elles participent aux travaux de peur de représailles ou sous la contrainte administrative (exécution d’un ordre pour éviter des sanctions).

 -          La participation provoquée : L’initiative vient généralement de l’extérieur. La mobilisation est effective ; mais elle ne se traduit pas par un engagement volontaire et responsable des populations. 

Dès lors, si l’on admet que la participation n’est effective que lorsque la mobilisation et l’engagement sont spontanés et que toute la communauté est impliquée dans le processus de développement en toute âme et conscience sans intervention extérieure. Dès lors, la prise en compte des réalités complexes du milieu par une approche globale, systémique s’avère incontournable. Cette approche systémique, en considérant différents niveaux d’organisation du milieu rural et/ou urbain, nous donne la possibilité d’appréhender les réalités locales à différentes échelles et nous conduit à réfléchir aux problèmes que pose le changement d’échelle dans le processus de développement.

Au plan vertical, nous nous sommes toujours démarqués de l’usage administratif des « décisions qui viennent d’en haut » (rencontres au sommet) au profit d’une large concertation.

Sur le plan horizontal, les communications entre techniciens, administratifs et politiques trouvent intérêt à être aussi larges que possible et ceci pour différents niveaux.

Cheikh GUEYE
Ingénieur agronome / Environnementaliste
Coordinateur URPROFOS [Union Régionale des PROductrices/teurs de FOnio de Sédhiou]
BP 28 Sédhiou
SENEGAL
Contact: Fixe: (00221) 33 995 00 80 Cell: (00221) 77 994 15 20 / (00221) 77 552 79 32
Secrétaire Général APF Fonio Sénégal [Association pour la Promotion de la Filière Fonio au Sénégal - Récépissé d'Association N°12 305/M.INT/DAGAT/DEL/AS du 28/11/2005]

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